Pour des cuisines pop entre l’appart et la cuisine pro
Cuire dans son appart#
Quand on cuisine dans un appart des bouffes populaires ou des grosses bouffes de dumpster, ça se ressemble souvent. On se retrouve à la gang, on découpe des légumes, on boit des bières, on jase et on apprend à se connaître, c’est un peu le chaos, on va chercher deux-trois trucs qui manquent et une fois tout ça finit… on attend. On attend que ça cuise.
On attend parfois 2-3h en essayant de faire en sorte que le 40L de schmu colle pas. On aurait envie de crinquer le rond à max pour que ça aille plus vite, mais c’est souvent là que tout finit par goûter le brûlé. Donc, on attend et, à la fin – rendu à 11h du soir mettons –, le monde commence à partir pis on est pogné à devoir tout mettre dans des buckets seul·e ou à deux-trois, épuisé·es. La cuisine à l’appart, c’est le fun, c’est convivial, mais mon dieu que c’est pas efficace sur la cuisinière.
Cuire dans les cuisines pro#
L’autre pendant de la bouffe pop, c’est un peu l’inverse. On arrive dans la cuisine pro. On se fait demander par les gens qui s’occupent de la place si on a suivi notre formation, on se fait dire qu’on a 3-4 heures de dispo parce que la commission scolaire ou l’OBNL qui nous accueille peut pas nous laisser être là trop tard. On est pogné à devoir être stiff aussi sur le monde qu’on fait rentrer, vu que, de toute façon, il va falloir tout ramasser et être vraiment clean parce que sinon on risque de perdre la plug qui nous a fait rentrer.
Par contre, au niveau de la bouffe, ça va vite, ça goale. On est content·es. On a fait quasi 100L en 2 heures. C’est malade comment ça va vite, comment on produit. Sauf qu’en même temps, à force faire de la bouffe en cuisine pro, on perd de vue l’aspect mobilisant et décontracté qui avait fait la force de notre projet.
Si seulement il y avait un entre deux…
Chercher une solution#
L’appart et la cuisine pro sont deux visions opposées. Le jeune que j’étais rêvait de transformer des tonnes de légumes de dumpster dans la cuisine pro. En même temps, ceux et celles qui sont parvenu·es à ce niveau de rendement se souviennent souvent avec nostalgie du moment DIY, un moment où on pouvait inviter tout le monde dans la cuisine.
Il ne faut pas perdre de vue que, lorsqu’on fait une cuisine populaire, le laps de temps où on cuisine ensemble est parfois autant sinon plus important que la distribution pour mobiliser et pour organiser des gens autour de la bouffe. C’est là qu’on parvient à discuter de nos idéaux politiques, de transformation radicale du monde afin que «Tout le monde puisse manger à sa faim». C’est là aussi qu’on discute et qu’on réfléchit à des questions d’organisations de la production alimentaire. À travers le moment de cuisine, on parvient à intégrer le monde à des mouvements contestataires plus larges : « tu viendras à la manif de jeudi ! ».
Alors, la solution pour faire des bouffes pop sans finir irrité·es ou stiff, on doit la chercher entre l’appart ou la cuisine pro. Il faut penser un processus d’acquisition-production-distribution qui permette de valoriser ce moment-là de discussion et d’organisation, qui permette la création de cellules de cuisine pop. Il faut une solution qui favorise une rotation et un partage des compétences et pas juste une reproduction des rôles. Malgré l’aspect technique de la solution, il ne faut pas perdre de vue également le rapport social et politique que l’on cherche à travers le geste de cuisiner ensemble.
In fine, on veut mettre fin au « chacun pour soi » comme seul rapport possible à la nourriture. On veut partager davantage ce qu’on cuisine et pas juste dans la famille ou avec quelques ami·es, mais bien avec le plus monde. On veut des cafétérias populaires et une réorganisation radicale de la production et de la consommation de nourriture. Le communisme quoi.